Face à la toxicité des nouveaux PFAS, quelles solutions pour maîtriser ces polluants persistants en France ?

Image d'illustration. Gros plan d un robinet élégant avec de l eau coulant doucement dans un évier poliADN
Alors que la présence de nouveaux composés PFAS toxiques dans l’eau suscite l’inquiétude, la France cherche à renforcer le contrôle de ces polluants persistants, dont la dangerosité et la résistance posent un défi majeur pour la santé publique.
Tl;dr
- L’Anses recommande d’étendre la surveillance des PFAS.
- Cinq nouveaux PFAS à contrôler dans l’eau potable.
- Des lacunes subsistent sur la contamination et les expositions.
Une vigilance accrue sur les « polluants éternels »
Difficile aujourd’hui d’ignorer la présence omniprésente des PFAS, ces « polluants éternels » dont l’usage industriel s’est largement répandu en raison de leurs propriétés antiadhésives ou imperméabilisantes. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a livré, ce mercredi 22 octobre 2025, deux rapports qui insistent sur l’urgence d’un meilleur encadrement de ces composés chimiques persistants, présents partout : air, sols, eau, aliments.
Après avoir compilé et analysé près de deux millions de données portant sur 142 substances, enrichies par des recherches complémentaires sur la toxicité et la contamination, l’agence pose un constat sans appel : il faut élargir le champ des contrôles. Mais concrètement, quelles actions prône-t-elle ?
Élargir la liste des PFAS surveillés
Première mesure phare proposée : renforcer la surveillance de l’eau du robinet. À compter du 1ᵉʳ janvier 2026, vingt types de PFAS feront déjà l’objet d’un contrôle en France ; l’Anses recommande d’en ajouter cinq supplémentaires, parmi lesquels figure le très retrouvé acide trifluoroacétique (TFA). Ce composé se retrouve dans la fabrication de produits pharmaceutiques ou phytosanitaires et fait actuellement l’objet d’une évaluation approfondie par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa). Selon une enquête menée par Générations Futures, le TFA serait aujourd’hui le PFAS dominant dans nos réseaux d’eau potable.
Par ailleurs, la surveillance alimentaire reste limitée : seulement quatre substances réglementées au niveau européen dans certains produits (poissons, œufs…), alors que l’agence suggère d’étendre ce contrôle à plus d’une vingtaine de molécules et à divers aliments du quotidien tels que :
- Céréales
- Fruits et légumes
- Miel et sucre
Lacunes dans les connaissances et expositions multiples
Pourtant, malgré ces efforts d’identification et de suivi, il subsiste d’importantes « zones blanches ». Comme le reconnaît Matthieu Schuler (pôle Sciences pour l’expertise), aucune donnée n’existe vraiment en France sur les PFAS présents dans l’air ou les poussières domestiques. Nawel Bemrah pointe aussi un déficit notable concernant certaines sources de contamination telles que les matériaux en contact avec les denrées alimentaires ou encore les matériaux de construction.
S’agissant du risque pour la population française, Céline Druet indique que les concentrations mesurées dans le sang restent comparables à celles observées chez nos voisins européens — en moyenne inférieures aux seuils sanitaires actuels. Pourtant, le manque de recul inquiète.
De nouvelles pistes pour comprendre et agir
Enfin, l’Anses souligne la nécessité d’enquêter sur les expositions professionnelles aux PFAS. Sur ce terrain, un travail collaboratif s’engage avec l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), qui a lancé fin 2024 une vaste étude dont les conclusions sont attendues avant fin 2025.
Le chantier ne fait donc que commencer pour ces substances invisibles mais tenaces — appelant scientifiques comme autorités à redoubler leur vigilance.
