Vapotage taxé : une mesure à rebours des enjeux de santé publique ?

Image d'illustration. Appareil de vapotage élégant sur table en boisADN
L’instauration d’une taxe sur les produits de vapotage suscite de vifs débats parmi les experts en santé publique, certains redoutant qu’elle freine l’accès à une alternative jugée moins nocive que le tabac traditionnel.
Tl;dr
- Taxe sur le vapotage prévue pour 2026.
- Vapoteurs et experts dénoncent une mesure contre-productive.
- Le débat oppose santé publique et recettes fiscales.
Une taxe controversée annoncée pour 2026
La perspective d’une « taxe vapotage » dans le projet de budget 2026, évoquée par Sébastien Lecornu et confirmée par le Premier ministre le 14 octobre, cristallise la colère des usagers. Cette taxe, qui pourrait renchérir de 30 à 50 centimes chaque fiole de 10 ml de liquide pour cigarettes électroniques, suscite l’incompréhension devant les boutiques spécialisées du 14e arrondissement de Paris.
« Ils font tout à l’envers… », s’indigne Quentin, vapoteur convaincu, à la sortie de son magasin habituel. Il dénonce l’idée de « s’attaquer à ceux qui essaient d’arrêter de fumer » tout en refusant de taxer les plus riches.
Entre substitution et réduction des risques
Pour de nombreux clients comme Eugénie, passée à la « vapot’ » après dix ans de cigarette, cette décision politique va à l’encontre du message de santé publique martelé depuis des années : augmenter le prix du tabac pour inciter au sevrage. « C’est mesquin. Moralement, quand on lutte pour arrêter la cigarette, ça met un coup derrière la tête », confie-t-elle, amère face à ce qu’elle juge être une forme d’hypocrisie.
Côté commerçants, le sentiment est similaire. Pour Camille, gérant d’une boutique spécialisée, « la très grande majorité viennent ici pour arrêter la cigarette. C’est un vrai substitut ». Il remet en cause la logique gouvernementale et suggère plutôt de taxer d’autres substances plus problématiques.
Médecins partagés sur la méthode gouvernementale
Chez les professionnels de santé, la mesure divise. Le psychiatre-addictologue Christophe Cutarella estime qu’imposer une taxe sur la vape va « à l’encontre de la lutte contre le tabac ». Selon lui, si la réduction des risques offerte par la cigarette électronique est réelle, le gouvernement « se trompe de cible ». Toutefois, il admet que taxer certains arômes très sucrés ou attractifs pour les jeunes non-fumeurs pourrait être une piste raisonnable.
À l’inverse, Bernard Antoine, également tabacologue mais plus réservé vis-à-vis du vapotage, voit dans cette augmentation tarifaire un signal modéré mais pas suffisant :
- Sensibilisation sur l’innocuité incertaine de la vape
- Effet incitatif limité sur la consommation
- Difficultés psychologiques non traitées
Pour lui, aucun recul scientifique ne prouve aujourd’hui que la vape soit sans danger sur le long terme.
Entre santé publique et impératifs budgétaires
En filigrane, une question traverse le débat : vise-t-on réellement la santé publique ou cherche-t-on avant tout à renflouer les caisses de l’État ? Les réactions recueillies illustrent une défiance croissante envers ce type de mesures fiscales, jugées inadaptées par ceux qui voient dans la vape un outil central du sevrage tabagique.
Une chose est certaine : avec ce projet, le gouvernement ouvre un nouveau front dans le délicat équilibre entre prévention sanitaire et recettes publiques.
